Les petites nations face aux grandes puissances

 

 

  La Catalogne : toujours plus de libertés

 

      Le Télégramme du 14 février 2010


Avec sa propre police et des délégations installées dans les grandes capitales européennes, la Catalogne, l'une des 17 régions d'Espagne, a gagné un véritable poids à l'échelle de l'UE. Pour certains, toutefois, la décentralisation est allée trop loin.


De notre correspondante en Espagne.
L'atmosphère est encore fraîche à Barcelone après une nuit hivernale lorsqu'un jeune homme s'engouffre dans un bâtiment aux façades de verre. À l'intérieur, ils sont quelques-uns à attendre, comme lui, de pouvoir déposer leur dossier de candidature pour rejoindre les effectifs des Mossos d'Esquadra, le corps de police propre à la Catalogne, l'une des 17 régions formant l'Espagne et parmi les plus importantes avec ses sept millions d'habitants et un produit intérieur brut représentant près de 20% du PIB national.

Les attentes étaient énormes

Force centenaire mais longtemps confinée à un rôle marginal, elle détient aujourd'hui un éventail de responsabilités «encore inimaginables», il y a quinze ans, reconnaît le commissaire Ferran Lopez, dans un bureau à l'étage. Depuis 1994, les Mossos, aux ordres du gouvernement autonome catalan, la Generalitat, ont en effet peu à peu substitué la police nationale et la garde civile sur le territoire catalan. Ces dernières se chargeant désormais uniquement des tâches incombant à l'État central, comme l'attribution de papiers d'identité, et collaborant avec les Catalans dans la lutte contre le crime organisé. «Après des années de franquisme, les attentes étaient énormes lors de la création de cette nouvelle police. Aujourd'hui, les citoyens se déclarent majoritairement satisfaits», affirme le commissaire, même si plusieurs bavures ont fait scandale, ces dernières années. Ses agents, qui doivent savoir parler catalan, traitent notamment d'égaux à égaux avec les forces françaises, avec qui ils partagent deux commissariats proches de la frontière. Des agents français qui, pour certains, ont eu du mal au départ à concevoir l'existence d'une telle force «régionale», tant le modèle catalan est différent de celui des régions françaises, inscrites dans un système bien plus centralisé.

Une projection internationale

La Catalogne a d'ailleurs développé une politique de projection internationale digne d'un petit État, avec, depuis quelques années, des délégations implantées dans plusieurs grandes villes du monde, dont Paris, qui regroupent sous une même ombrelle la promotion commerciale et touristique, plus traditionnelle à l'échelle régionale, et des relations institutionnelles et politiques internationales. «Nous offrons une vision plus large de la Catalogne», reconnaît Apel-les Carod-Rovira, délégué en France, «un pays prioritaire pour nous, compte tenu de nos relations commerciales». «Les grandes affaires reviennent évidemment aux États mais l'échelle des régions peut offrir des solutions plus concrètes aux citoyens.».

Éducation, budget santé...

Si la police et ces «mini-ambassades» sont spécifiques à la Catalogne, les 17 régions espagnoles partagent toutefois un niveau de responsabilités encore inconcevable en France. Le gouvernement central leur délègue en effet la moitié des dépenses publiques pour qu'elles les déploient sur leurs territoires en suivant leurs propres lignes politiques, qui varient d'une capitale régionale à l'autre. Les écoliers espagnols ne partagent que la moitié de leur programme, le reste étant laissé au libre choix de chaque région, qui gère également le budget santé. Pour le jeune parti Union, Progrès et Démocratie, la décentralisation est allée trop loin. «Il est parfois plus difficile de changer de médecin d'une région à l'autre qu'au sein de l'Union européenne», affirme son numéro deux, Carlos Martinez Gorriaran, pour qui la grave crise économique que traverse l'Espagne vient en partie de la «pagaille territoriale». «La sortie de crise peut uniquement être opérée par un État central fort, or, il se vide peu à peu face aux régions.» Il reconnaît toutefois que cette autonomie leur permet d'atteindre une «plus grande projection internationale», y compris pour les régions les plus pauvres, comme l'Extremadure, longtemps ignorées par le pouvoir central.

* Élodie Cuzin

 

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