LES SPORTS BRETONS


 

 

Kroaz Du

  Vieille nation rurale et jalouse de ses libertés  , les Bretons ont de tous temps pratiqué des sports athlétiques inspirés de la guerre et des travaux des champs .

  Les pratiquants des sports bretons traditionnels sont regroupés au sein de la FALSAB( Fédération des Amis de la Lutte et des Sports et jeux d'Adresse de Bretagne) créée en 1930 par le docteur Cotonnec qui voulait ainsi redynamiser la lutte bretonne et les sports athlétiques traditionnels  .La fédération de gouren qui en faisait partie à l'origine se trouve maintenant rattachée à la Fédération Française de Lutte (FFL)

 

      I)LE GOUREN

   le gouren, ou lutte bretonne est un sport de combat pratiqué en Bretagne, mais aussi en Cornouailles et en Écosse.

Il existe en France une fédération de gouren qui dépend de la Fédération Française de Lutte.

La lutte bretonne, ou gouren, est une lutte debout. Aussi, si l'un des lutteurs touche terre avec une autre partie du corps que ses pieds, la lutte s'arrête, les lutteurs se relèvent et reprennent la partie de lutte.

La victoire, ou lamm, est proclamée quand un lutteur parvient à mettre à terre son adversaire sur le dos, avec la touche des 2 épaules ensemble, avant toute autre partie du corps. Les projections sont surtout réalisées à l'aide de crocs-en-jambe. Les combats ont une durée pouvant aller jusqu'à sept minutes.


Histoire

La lutte (gouren en langue bretonne) faisait partie des pratiques martiales que les immigrés bretons apportèrent avec eux lorsqu'ils immigrèrent massivement en Armorique au IVe siècle. S'il fut sans doute à l'origine uniquement pratiqué par les nobles et les gens d'armes, le gouren sera ensuite emprunté, principalement après la Renaissance et l'arrivée des armes à feu, par les gens du peuple, comme une pratique ludique populaire. Les archives nous enseignent que de nombreux "petits nobles" excellèrent dans cet art, luttant avec des paysans. Jusqu'à la Révolution française, son organisation fut probablement souvent soumis aux autorisations seigneuriales et il conserva de ses origines nobles les aiguillettes, les gants et les pourpoints, trophées qui étaient offerts aux vainqueurs.

Le XIXe siècle verra la population des paroisses rurales se réapproprier cette pratique, à la fois de façon presque rituelle, mais également comme élément de reconnaissance sociale et identitaire pour les lutteurs et leurs paroisses d'origine.

Encore populaire dans l'ouest de la Bretagne au début du XXe siècle, avec surtout des tournois au moment des fêtes patronales, il sera, au fil du temps, supplanté par l'arrivée de nouveaux sports comme le football ou le cyclisme.

En 1930, en ayant pour objectif de rénover cette pratique sportive traditionnelle et identitaire pour la Bretagne britophone, le docteur Charles COTONNEC lui donne un nouvel élan en codifiant les règles et en créant la première fédération, la FALSAB, dont découle l'actuelle.

Aujourd'hui le gouren est organisé comme une fédération sportive tout en conservant une pratique en lien avec la culture régionale. De nombreux clubs (les skolioù Gouren) accueillent presque deux milliers de pratiquants. Une fédération internationale des luttes celtiques FILC a été crée en 1985, regroupant à l'origine les fédérations des pays dits "celtiques", puis progressivement d'autres fédérations gérant les styles de luttes traditionnelles de l'Ouest européen. Des championnats d'Europe sont organisés chaque année. Signe de son renouveau, le gouren fait partie, depuis 1998, des épreuves facultatives du baccalauréat en Bretagne.

Aujourd'hui, le gouren a gardé ses attaches culturelles. Ainsi, l'été on peut le découvrir lors de nombreuses compétitions en plein air, sur sciure, parfois avec l'utilisation du très ancien système du défi, dans des fêtes et festivals, à côté de la musique et de la danse bretonne.

Le tournoi Mod-Kozh

Le tournoi "mod-kozh" (traduisez: "à la mode ancienne") se déroule dans deux catégories de poids par défis: Un lutteur s'empare du trophée et défie les autres concurrents en tournant autour de l'aire de combat, libre à quiconque d'aller relever le défi en lui tapant sur l'épaule ou en l'interpellant avec l'allocution "chomed o sav !" (traduisez: "reste debout !"). Pour remporter le tournoi il faut faire 3 tours de lice sans avoir été défié, ou bien remporter 3 combats d'affilé. Avec le système des skolioù (écoles de luttes) le tournoi prend un intérêt stratégique: défier le bon lutteur au bon moment en envoyant 2 lutteurs habiles pour le fatiguer sans laisser passer les 3 combats d'affilé et sans "griller" les meilleurs lutteurs du skol prématurément dans le tournoi. Le vainqueur emporte le maout (bélier) et triomphe lors d'un tour d'honneur en portant l'animal sur les épaules. A noter: le palmarès du gourener Mathieu Le Dour (Skol Ar Faoued) depuis quelques années qui est passé maître dans ce type d'épreuve "le plus joli palmarès d'après-guerre" pour les spécialistes.

Tenue
Le lutteur doit être pieds nus, sa tenue est constituée par

* un pantalon mi-long, ou bragoù de couleur noire, dont les jambes s'arrêtent juste au-dessous du genoux pour permettre l'enroulé du molet appelé "kliked".
* une solide chemise, ou Roched en toile renforcée, à manches courtes et de couleur blanche ,
* une ceinture dans un passant garde la roched serrée au corps.

Aucune inscription n'est tolérée sur la tenue, mis à part le badge fédéral de différentes couleurs selon le Rannig (niveau technique).

Les compétitions
En compétition, les points sont attribués par un jury selon un barême dégressif:

* Lamm : c'est le résultat parfait en gouren (l'équivalent du ippon en judo ou du KO technique en boxe). Il donne la victoire immédiate du combat. "C'est la chute sur le dos comportant la touche à terre des 2 épaules ensemble, avant toute autre partie du corps ou du corps de l'adversaire."
* Kostin : c'est un résultat proche du lamm, une chute sur le dos comportant le touché au sol d'une seule épaule.
* Kein : c'est un avantage comptabilisé à l'issue des prolongations. C'est une chute sur le bas du dos, ou sur le dos plus les fesses.
* Netra (en breton "rien") : c'est une chute sans résultat

Les fautes aussi sont comptabilisées: Une faute est liée à un comportement agressif injustifié (verbal ou physique), une attitude dangereuse pour l'adversaire ou un refus de combat en restant dans une position de défense pendant une durée exagérée. Lors d'une projection, le lutteur qui projette d'abord son bras au sol pour éviter le résultat est considéré comme étant en refus de combat.

* Diwall (en breton "attention"): C'est un avertissement donné pour une faute, avant de sanctionner le lutteur par un Fazi. Il n'a aucune incidence dans l'issue du combat.
* Fazi : c'est le résultat d'une faute commise par le lutteur. 3 fazis entraînent un divrud
* Poent : il est obtenu lorsque l'adversaire a accumulé 2 fazis. Il est équivalent à un Kostin, sauf en cas d'égalité parfaite entre les deux lutteurs où il lui est supérieur.
* Fazi Vraz : c'est une disqualification pour le combat, donné pour l'accumulation de 3 fazis
* Divrud : c'est une disqualification pour la compétition, donnée pour une faute grave (injure, comportement irrespectueux)

La durée d'un combat dépend de la catégorie d'âge, et du type de compétition.

* Les poussins et benjamins: combats de 3'
* Les minimes: 4 minutes
* Les cadets, juniors et seniors (challenges): 5 minutes
* Les juniors en championnat : 6 minutes
* Les seniors en championnat : 7 minutes

Les féminines benjamines et minimes luttent 3 minutes, les cadettes, juniores et seniores 4 minutes. La prolongation est possible (durée: moitié du temps de combat)

Les points

* Le lamm vaut 6 points.
* Le kostin vaut 4 points.
* Le kein ou tout autre victoire vaut 3 points.
* Une défaite vaut 1 point.

 

2) LA SOULE

Durant des années une question m'a taraudé l'esprit : comment un peuple comme le nôtre , combatif et entêté n'a-t-il pas une tradition du rugby comme on en trouve chez nos frêres d'Outre Manche

 

 

La soule est un jeu traditionnel pratiqué sous l'ancien régime principalement en France. Ancêtre présumé du football et du rugby, il se rapproche de ce dernier, si ce n'est que les deux équipes ont souvent un même en but (un lieu dit, une mare), que leur composition n'a pas de limites définies (à l'origine les équipes étaient constituées de tous les hommes valides de deux ou plusieurs villages) et que tous les coups sont permis.

Des liens importants existent avec des sports anciens romains (haspartum puis Calcio florentin en Italie du Quattrocento), scandinaves (knattleikr, cf. les sagas) ou avec le hurling et le football gaélique irlandais (il vit une renaissance depuis le début du XXe), le shinty écossais, mais aussi avec des sports plus modernes ou moins traditionnels:

Sport essentiellement joué lors des fêtes des saints patrons et à l'époque de carnaval

* La soule est un jeu joué par les villageois en particulier mais aussi les bourgeois . C'est le pendant pour la piétaille du tournoi des chevaliers.

o 1147. Première mention écrite de la soule ou choule en France. Le jeu oppose deux équipes qui se disputent un ballon qu'il faut déposer dans un but. C'était certes viril, très viril même, mais tous les coups n'étaient pas permis, comme on le croit trop souvent. La soule, qui passe aujourd'hui pour brouillonne et violente, était en fait très codifiée et pas si barbare que les fameuses « lettres de rémission » le laissent entendre. Les cas évoqués par ces sources sont tous, par définition, des affaires judiciaires, avec leurs cohortes de blessés et même de morts donnant, à tort, l'image d'une mêlée ultra violente. Comme le signalent ainsi nombre de plaignants, « ce n'est comme cela qu'on pratique la Soule ».
o Le jeu est évoqué dans le roman de Renart[1] : Li vilein qui sont à la çoule...
o 1174. Publication en Angleterre de La Vie de saint Thomas Becket de William Fitzstephen qui mentionne la pratique courante des jeux de ballons outre-Manche (soule / football).

o 1440 : Raoul évêque de Tréguier interdit la pratique de la soule dans son diocèse en rappelant que la soule est pratiquée depuis des siècles en bretagne.

o 1686 le Parlement de Bretagne rappelle l'interdiction de la pratique de la soule , " jeu maudit"
o Très populaire à la Renaissance (cf.: journal du sire de Gouberville). Les témoignages diminuent ensuite jusqu'au XIXe siècle.

o La pratique de la soule en bretagne se cantonne au seul pays de Lorient où elle se maintient jusqu'en 1914 .
o Beaucoup de témoignages ( au XIXe siècle (fête patronales, mariages, départ de la dernière mariée de l'année, carnaval. Malgré les interdictions au milieu du XIXe, le jeu perdurera assez fortement, en cachette, essentiellement en Picardie, Normandie, Bretagne jusqu'en 1914, puis dans une moindre mesure ensuite pour s'éteindre à de rares exceptions près, dans le courant de la seconde guerre mondiale.

  Les Témoignages écrits :Cambry, au 18ème siècle, constate la grande faveur dont «la soule» jouissait en Bretagne: «Le seigneur ou notable d'un village jetait au milieu de la foule un ballon plein de son, que les hommes de différents cantons essayaient de s'arracher... On a vu quelquefois des hommes suivre la soule dans la mer et se noyer en la cherchant. J'ai vu dans mon enfance (il était né en 1749) un homme se casser la jambe en sautant par un soupirail dans une cave pour la saisir. Ces jeux entretenaient les forces et le courage, mais, je le répète, ils étaient dangereux .»
("voyage dans le Finistère")

Ils n'en survécurent pas moins à la Révolution; périodiquement interdits par la police à cause des accidents et des morts, ils renaissaient toujours. Bouet et Perrin, qui ont voulu retracer, par la plume et le crayon, un tableau de la Vie des Bretons de l'Armorique au dix-neuvième siècle, n'ont eu garde d'omettre ce jeu, considéré en Bretagne comme un des sports nationaux. Une des gravures montre le début de la partie au moment où la soule va être lancée entre les deux camps, devant la porte de l'église; une autre montre une phase du jeu dans un torrent.Le texte décrit avec beaucoup de vivacité les péripéties du jeu:

«La soule a été lancée. Les deux armées n'en forment plus qu'une, se mêlent, s'étreignent, s'étouffent. A la surface de cet impénétrable chaos, on voit mille têtes s'agiter, comme les vagues d'une mer furieuse, et des cris inarticulés et sauvages s'en échappent... Grâce à sa vigueur ou à son adresse, l'un des champions s'est frayé un passage à travers cette masse compacte et fuit emportant au loin la soule. On ne s'en aperçoit pas d'abord, tant l'ivresse du combat met hors d'eux-mêmes ces combattants frénétiques!... Mais lorsque ceux à qui il reste un peu plus de sang-froid qu'aux autres voient enfin qu'ils s'épuisent en inutiles efforts... cet immense bloc d'une seule pièce se rompt, se divise, se disperse. Chacun vole soudain vers le nouveau champ de bataille, et en y courant, on s'insulte, on s'attaque, on se culbute, et vingt actions partielles s'engagent autour de l'action principale » (O.Perrin et A.Bouet "Breizh Izel ou la vie des Bretons de l'Armorique ) .

  UN DEFOULOIR AUX RANCOEURS POLITIQUES ET AUX QUERELLES DE CLOCHERS

 Pour permettre dejuger de la violence de ce jeu et comprendre l'interdiction de la soule et son abandon au profit de sports plus policés il faut relire " La soule dans la Morbihan - Histoire de françois le souleur " qu'Emile Souvestre a publié dans deux de ses recueils .

 

 

      LA SOULE DANS LE MORBIHAN -Histoire de françois le Souleur

  D'abord il est essentiel ce que c'est que la soule .On donne ce nom à un énorme ballon de cuir rempli de son que l'on jette en l'air et que se disputent les joueurs partagés en 2 camps opposés .La victoire reste à l'équipe qui a pu s'emparer de la soule et la porter sur une autre commune que celle où le jeu a commencé .

   cet exercice est un vestige du culte que les Celtes rendaient au soleil .Le ballon par sa forme représentait l'astre du jour .On le jetait en l'aircomme pour lui faire toucher cet astre et une fois retombé on se le disputait comme un objet sacré .Le nom de soul vient du celtique HEAUL (soleil ) dans lequel l'inspiration initiale a été changée en S comme dans tous les mots étrangers adoptés par les Romains , ce qui a donné SEAUL ou SOUL .

  Maintenant le jeu de soule n'est plus en usage que dans le Vannetais . Ce n'est que là qu'on le retrouve dans sa brutalité primitive . Une soule dans le mornihan c'est un jeu chaud et dramatique , où l'on se bat et l'on s'étrangle ; un jeu qui permet de tuer un ennemi pourvu qu'on prenne soin de le frapper comme par mégarde et d'un "coup de malheur " . Aussi Dieu sait quelle fête pour le pays ! C'est un jour d'indulgence plénière accordée à l'assassinat !Et quel est celui qui n'a pas quelqu'un à tuer ? A défaut d'inimitiés , l'hostilité des paroisses suffit car ce sont toujours 2 communes voisines et rivales qui se disputent la soule .Souvent aussi une ville rentre en lice contre une population rurale et alors s'exprime toute la haine du paysan contre le bourgeois ; c'est une bataille de Chouans et de Bleus livrée  avec les poings et les ongles. Plus qu'une divergence politique c'est parce que le paysan demeuré serf a vu le bourgeois , serf comme lui ,conquérir richesse et liberté ; c'est la jalousie d'un frêre cadet resté puvre contre son ainé devenu grand seigneur ! L'insurrection de 1793 et 1815 fut moins un élan politique ou religieux que le résultat d'une colère amassée contre les privilèges des villes .

  Pour le prouver il n'y a qu'à voir une partie de soule : c'est réellement la lutte entre la ville et la campagne . Les citadins aisés se joignent aux ouvriers pour gagner la soule contre les paysans . Tout cela ressemble à une prise d'arme d'une garde nationale volontaire ! Un exercice prélude à une jacquerie !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  3)LES SPORTS ATHLETIQUES BRETONS

  Les sports athlétiques bretons sont pratiqués au sein de la Fédération Nationale des Sports Athlétiques Bretons (FNSAB) qui fait partie de la FALSAB

  Les sports athlétiques traditionnels sont inspirés directement par les travaux des champs qui permettaient aux plus gaillards de se montrer les plus vaillants au travail

    A) Le Bazh Yod ( ou Bazh Youd) : le baton à bouillie

PRESENTATION SOMMAIRE DU JEU

Il est difficile de savoir de quelle époque date ce jeu. « Bazh Yod » signifie bâton à bouillie, c'est-à-dire la pièce qui servait à remuer la bouillie d'avoine très utilisée pour les repas en Bretagne. Par contre, nous savons que l'arracher du bâton est un jeu symbolique, car le bâton représente le pouvoir. Ainsi connaissons-nous des scènes très anciennes dépeintes dans les églises où l'on voit un moine et un évêque lutter au bâton, mais aussi une femme et son mari, un bourgeois et un noble, etc...

LE BUT DU JEU

Le jeu consiste à arracher un bâton des mains d'un adversaire, en position assise, ou encore de tirer cet adversaire à soi en le soulevant. C'est un jeu d'opposition.

LE DEROULEMENT DE LA PARTIE - LES JOUEURS

Après que les concurrents se soient inscrits, un tirage au sort est réalisé. Les joueurs sont appelés deux par deux pour une élimination directe. Ils s'assoient l'un en face de l'autre, de chaque côté d'une planche en bois, puis ils placent leurs pieds contre cette planche et saisissent un bâton que l'arbitre leur tend. Un joueur a les mains au milieu du bâton, l'autre aux extrémités. C'est l'arbitre qui donne le départ et qui désigne le vainqueur de la manche. A la 2ème manche, les joueurs inversent leur position de mains. S'il y a match nul, la position des mains est tirée au sort pour la 3ème manche.

MATERIEL ET TERRAIN DU JEU

La planche mesure environ 1,80 m à 2,00 m de long pour 20 cm de large et 3 à 4 cm d'épaisseur. Elle est posée sur son tranchant et est bloquée dans cette position par des piquets fichés en terre (sol herbeux) ou par des renforts fixés sur la planche (bitume, salle). Le bâton mesure 50-60 cm de long pour 3,5 à 4 cm de diamètre.

 

  B) LA COURSE DU MEUNIER

PRESENTATION SOMMAIRE DU JEU

Dans les années 1950-1960, des courses étaient parfois organisées lors des battages, sans vainqueurs, juste pour se défier et peut-être aussi pour oublier la fatigue. C'est au début des années 1970 que cette pratique a été reprise pour devenir une activité de la FALSAB, section sports athlétiques (FNSAB à partir de 1980). De telles courses étaient-elles pratiquées par les meuniers au 19ème siècle et avant ? Cela reste à découvrir.

LE BUT DU JEU

Le but du jeu est de réaliser un parcours de 120 m avec un relais de 6 équipiers, chacun devant transporter un sac de 50 kg rempli de céréales. Deux ou plusieurs équipes sont en concurrence à chaque manche. Une finale détermine des vainqueurs.

LE DEROULEMENT DE LA PARTIE - LES JOUEURS

Le jeu est organisé en équipe, comme au tirer à la corde. Chaque équipe est constituée de 6 joueurs. Comme deux équipes (ou plus) s'affrontent sur un relais, un arbitre donne le départ et des assistants chronomètrent et surveillent la course de chaque équipe. Au signal, les premiers coureurs placent le sac de 50 kg sur leur dos et démarrent. Ils doivent aller jusqu'à un piquet distant de 60 m et revenir au point de départ. Là, ils passent le sac à leur relais, et ainsi de suite jusqu'à la fin.
La course est rendue plus difficile par la mise au sol de 4 rangées de bottes de paille distantes entre elles de quelques mètres, et qu'il faut franchir en courant.

MATERIEL ET TERRAIN DU JEU

Le terrain est souvent un sol herbeux. Les deux piquets mesurent 80-100 cm au dessus du sol. Les bottes de paille sont de petite taille et sont alignées sur toute la largeur du jeu. Elles mesurent environ 40-45 cm de hauteur maximum. Le sac de toile doit être suffisamment ample pour prendre prise.

 

  C) LE LANCER DE LA PIERRE LOURDE

PRESENTATION SOMMAIRE DU JEU

Nul ne sait depuis quand ce jeu est pratiqué en Bretagne, mais il est bien connu que les hommes ont toujours aimé s'affronter dans des défis physiques. Les archives de la chapelle de St Pierre à Plogonnec nous apprennent, qu'au début du 17ème siècle, les hommes s'affrontaient à soulever de gros galets (80 à 90 kg). De là, à se mesurer en lançant des galets, au plus loin, il n'y a qu'un pas. Dans les concours locaux, la pierre était souvent un galet de 15 à 20 kg, mais dans les championnats c'est un poids de meunier de 20 kg qui est utilisé.

LE BUT DU JEU

Le jeu consiste à lancer un poids de 20kg au plus loin à partir d'une aire de lancer bien déterminée.

LE DEROULEMENT DE LA PARTIE - LES JOUEURS

Le jeu se joue en individuel. Un arbitre vérifie la conformité du lancer et mesure le résultat du centre du cercle au point d'impact du poids de 20 kg.
Chaque joueur se place dans l'aire de lancer. Il a droit à trois essais au total. Le lancer se fait d'une seule main et le lanceur utilise la technique qui lui semble la plus adéquate. Tous les résultats sont notés et le classement s'établit sur le meilleur lancer de chacun.
Si le lanceur marche sur le bord du cercle ou s'il sort, l'essai est nul.

MATERIEL ET TERRAIN DU JEU

Le terrain de jeu est variable. Le cercle représentant l'aire de lancer mesure 2,13 m de diamètre et la hauteur extérieure du cercle est au maximum de 10 cm. Le poids est un poids de meunier de 20 kg. Une protection est disposée des deux côtés de l'aire de jeu.

 

 D) LE LEVER DE L'ESSIEU

  PRESENTATION SOMMAIRE DU JEU

Comme les autres jeux athlétiques, ce jeu était pratiqué régulièrement par les paysans, souvent pour animer les fêtes de fin de travaux agricoles et pour impressionner. Dans les années 1960, des défis étaient même lancés pour soulever l'avant des tracteurs en se plaçant dessous (auparavant c'était sous les charrettes). C'est au moment où la mécanisation est arrivée que le geste technique a été repris (début des années 1970) pour devenir une activité de la FALSAB, section sports athlétiques (FNSAB à partir de 1980).

LE BUT DU JEU

Le jeu consiste à soulever un essieu de charrette le plus de fois possible en 3 minutes. Un lever est considéré valable lorsque l'essieu est tenu à bout de bras au dessus de la tête, les jambes tendues.

LE DEROULEMENT DE LA PARTIE - LES JOUEURS

Le jeu se pratique en individuel. Des essieux de plusieurs poids peuvent être utilisés selon le niveau. De même il existe deux manières de lever l'essieu, à deux bras et avec un seul.
A deux bras, l'essieu est présenté sur deux rondins de bois de même épaisseur, d'environ 30 à 40 cm de hauteur. Le joueur se présente devant l'essieu et saisit son axe où bon lui semble. Un arbitre dirige et chronomètre l'exercice. Dès que celui-ci est prêt, le joueur peut commencer à soulever l'essieu. A chaque essai il doit reposer la pièce sur les rondins. L'arbitre compte les essais à voix forte, signale le temps écoulé régulièrement, puis la fin de l'exercice au bout de trois minutes. Le score du joueur est noté. Le nombre de levers pour un essieu de 47,5 kg se situe entre 40 et 50 pour les meilleurs, ce qui est très éprouvant physiquement (2,3 tonnes en 3 mn).
Le lever d'un seul bras se joue principalement dans le Trégor (22).

MATERIEL ET TERRAIN DU JEU

Le terrain est variable, mais plat. L'essieu est un essieu de charrette légère de 47,5 kg, avec un arbre carré en général, ce qui augmente la difficulté de l'exercice. Des essieux de chars à bancs sont également utilisés en catégorie novice. Les essieux peuvent être alourdis par l'ajout de pièces dans les bouts, comme pour des haltères.

 

  E) LE LEVER DE LA PERCHE

 PRESENTATION SOMMAIRE DU JEU

Ce jeu est pratiqué régulièrement de façon « sportive » depuis la fin du 19ème siècle en Bretagne. Auparavant, c'était surtout un jeu de défi entre des porteurs de bannières religieuses lors des processions. Sans doute aussi que les professions de menuisiers et de charpentiers ont adapté une pratique compétitive à un geste quotidien. La perche était levée en étant placée sur le côté du corps, puis vers les années 1970, les pratiquants commencèrent à placer la perche entre les jambes. La longue perche de bois fut alors remplacée par un fort tube d'acier.

LE BUT DU JEU

Le but du jeu est de lever, à la verticale, un tube d'acier lesté à l'autre extrémité d'un lourd curseur, ceci sans appui au sol pour bloquer la perche. Une fois levée, le concurrent doit maintenir la perche en équilibre, à la verticale, pour montrer qu'il a maîtrisé son essai, sans s'aider des mains au-delà de la zone de saisie. Il n'y a pas de notion de temps, c'est l'arbitre qui détermine si l'essai est validé ou non.

LE DEROULEMENT DE LA PARTIE - LES JOUEURS

L'ancienne technique faisait que le vainqueur était le 1er à terminer. La perche en bois était très longue et le 1er concurrent à la lever gagnait le concours. Puis un bout était coupé pour continuer, et ainsi de suite. Aujourd'hui c'est l'inverse qui est opéré, le curseur est d'abord proche du leveur, puis il est éloigné.
Le joueur se place d'abord au-delà d'une marque matérialisée sur la perche à 1 m, puis il se saisit d'elle et la serre entre ses cuisses. C'est en laissant son corps aller en arrière que la perche se soulève progressivement, tout en la tenant fortement des mains. Les concurrents ont droit à 3 tentatives par niveau. Puis le curseur est avancé vers l'extrémité de la perche au fur et à mesure des essais réussis. Celui qui soulève le poids le plus important gagne.

MATERIEL ET TERRAIN DU JEU

Le terrain est en général un espace herbeux pour absorber les chocs. La perche est un fort tube d'acier de 40-45 mm de diamètre extérieur, pesant 20-25 kg et mesurant 5-6 m de long selon les catégories de poids. Un curseur de 9,4 à 11,4 kg est déplacé le long de la perche pour augmenter la difficulté (9,4 kg pour les moins de 80 kg, 10,4 kg pour les moins de 100 kg et 11,4 kg pour les concurrents de plus de 100 kg).

 

 F) LE TIR A LA CORDE

PRESENTATION SOMMAIRE DU JEU

Ce jeu est connu dans le monde entier sous diverses variantes et sous différents noms : « lutte à la corde ». En Bretagne, il est aussi appelé « Chech fun ». Il s'agit d'un jeu d'opposition, comme la lutte.
Une scène de lutte à la corde est représentée sur le le portail de l'église de Guimiliau (29) datant du 16ème siècle.

LE BUT DU JEU

Le jeu consiste, pour une équipe de 6 athlètes, à faire passer le témoin de l'autre équipe au-delà d'un repère placé au milieu de la corde avant l'affrontement.

LE DEROULEMENT DE LA PARTIE - LES JOUEURS

Les parties sont jouées par équipe. Les équipes s'affrontent deux par deux. Une partie se gagne en deux manches gagnantes. S'il y a une belle, un tirage au sort est organisé pour décider du côté où se placent les équipes. Ensuite, l'équipe vainqueur rencontre une autre équipe vainqueur, et ainsi de suite, jusqu'à la finale.
Avant chaque affrontement, la corde est étendue au sol. Cette corde possède en son milieu un repère jaune bien visible. De chaque côté de ce repère central, deux témoins rouges sont passés dans l'encordage à 3,50 m du centre.
Puis les deux équipes se placent de chaque côté selon la technique qui leur convient. Lorsque l'arbitre et les joueurs sont prêts, ceux-ci se saisissent de la corde et tirent légèrement pour la tendre. Dès que la corde est stabilisée, l'arbitre plante verticalement un long bâton à l'endroit où se trouve le centre et donne l'ordre de départ. Pour gagner, il faut tirer l'équipe adverse de façon à faire passer son témoin rouge devant le bâton de l'arbitre.
Les athlètes doivent être pieds nus. Ils ne peuvent tirer en position assise ou couchée. Il leur est également interdit de marquer le sol pour bloquer les pieds. Chaque équipe a droit à un « heñcher », c'est à dire un entraîneur dont le rôle est de coordonner, de la voix, l'effort des six athlètes. L'arbitre annonce la fin d'une manche, par un coup de sifflet, et aussitôt désigne les vainqueurs.
En championnat, il y a deux catégories : avec un poids total cumulé des joueurs en moins de 540 kg et au-dessus. Dans les fêtes locales, c'est libre.

MATERIEL ET TERRAIN DU JEU

Le terrain de jeu est en herbe, plat, et ne doit comporter aucun obstacle. Une zone de sécurité doit être aménagée autour de l'aire de la rencontre car les joueurs sont souvent emportés dans leur élan. La corde mesure 28-30 m en général, pour un diamètre de 4 cm à 4,5 cm. Le bâton de l'arbitre mesure 1,80 à 2 m.

 

 

 

    sources Wikipedia et FALSAB

 

3) LA SOULE

Jean-Jules Jusserand
Diplomate et écrivain français (1855-1932). Ambassadeur à Washington de 1902 à 1925, il joua un rôle discret mais efficace dans l'intervention de États-Unis au cours de la guerre de 1914. Auteur d'ouvrages sur le droit international, il a publié plusieurs ouvrages sur la littérature anglaise et fondé la collection des Grands auteurs français pour lequel il a écrit un Ronsard. Passionné de sport, ami de longue date du baron Pierre de Coubertin, Jusserand s'est fait également historien du sport avec cet ouvrage que nous reproduisons ici, un classique du genre, Le sport et les jeux d'exercices dans l'ancienne France qui couvre aussi bien le Moyen Âge que le siècle de Louis XIVe et le XVIIIe.
Extrait
Il s'agit d'un des jeux français qui ont fourni la plus glorieuse carrière, auquel on jouait du temps de Saint Louis et même au temps de Louis le Jeune, qui se joue encore, et qui est la source et origine première du foot-ball actuel. C'est le jeu de soule, choule ou cholle, si ancien et si universellement pratiqué en France qu'un seigneur, ratifiant une charte de donation en faveur d'une église en 1147, spécifie divers avantages à son profit, et en particulier le paiement d'une somme d'argent et la remise de "sept ballons de la plus grande dimension".»


Texte
III

«... A ce moment, le spectateur ne voit plus qu'une masse confuse d'individus qui semblent avoir pris à tâche de s'écraser mutuellement; ceux qui sont hors du cercle tâchent de s'emparer par la force de ceux qui sont au centre... Ces efforts individuels, sans cesse renouvelés, impriment à la masse un mouvement des plus singuliers: tantôt elle se dirige vers la droite, tantôt elle marche vers la gauche; le plus souvent elle tourne lentement sur elle-même; on dirait un animal fantastique à mille têtes et à mille pattes. De temps en temps, une de ces têtes s'affaisse et disparaît: c'est un combattant qui est tombé; la lutte continue sur son corps, et, quand le tourbillon a passé, il se relève tout pâle, quelquefois même meurtri et ensanglanté.»

Cette description est de 1855. Voilà, pensera-t-on peut-être, une assez vive peinture d'un scrimmage dans une partie de foot-ball, tirée sans doute de quelque voyage en Angleterre. Non point; il ne s'agit ni d'Angleterre, ni de foot-ball, ni de scrimmage. Il s'agit d'un des jeux français qui ont fourni la plus glorieuse carrière, auquel on jouait du temps de Saint Louis et même au temps de Louis le Jeune, qui se joue encore, et qui est la source et origine première du foot-ball actuel. C'est le jeu de soule, choule ou cholle, si ancien et si universellement pratiqué en France qu'un seigneur, ratifiant une charte de donation en faveur d'une église en 1147, spécifie divers avantages à son profit, et en particulier le paiement d'une somme d'argent et la remise de «sept ballons de la plus grande dimension ».

La soule était une boule ou ballon, tantôt en bois 53, tantôt en cuir suivant les régions, rempli, dans ce dernier cas, de foin, de son ou de mousse, ou gonflé d'air. On chassait le ballon à grands coups de poing ou grands coups de pied, parfois à coups de bâton recourbé; mais alors le jeu se rapprochait d'une autre variété d'amusement dont il sera question plus loin. Le pied était, en beaucoup de lieux, le propulseur principal. Dans certaines provinces, à Valognes, par exemple, ce jeu s'appelait savate pour ce motif. Au substantif choule correspondait un verbe, le verbe choler: «cheolare,» dit Du Cange, qui avait vu jouer ce jeu au temps de Louis XIV, «follem pedibus propellere;» choler, chasser le ballon du pied.

Le jeu était naturellement réglementé, aux époques lointaines, d'une manière moins «scientifique» et minutieuse qu'aujourd'hui; mais les principes fondamentaux étaient les mêmes. Les deux troupes rivales avaient chacune un but ou camp à défendre ou attaquer, et il fallait, par n'importe quel moyen, coups de pied, coups de poing, course rapide, faire pénétrer le ballon dans le camp ou lui faire atteindre le but opposé. Les camps ou buts étaient d'espèce fort diverse et variaient de pays à pays; mais dans chaque pays demeuraient d'ordinaire toujours les mêmes; car il s'agissait d'un jeu classique et ancestral dont il convenait de respecter les traditions: c'était un mur, la limite d'un champ, la porte d'une église, une raie arbitraire tracée sur le sol, très souvent une mare dans laquelle il fallait «noyer» ou empêcher de noyer la soule. Barbotages, éclaboussures et chutes dans l'eau accroissaient l'amusement.

Le but, tel que nous l'entendons, était d'ailleurs anciennement connu. La gravure qu'on peut voir ici, la plus ancienne qui existe,œuvre française et qui, je crois, n'a jamais encore été signalée, montre (en bien mauvaise perspective, il est vrai) un but compris de même manière que ceux d'aujourd'hui et consistant en deux piquets réunis par une traverse.

La paume, quoiqu'elle fût pratiquée, malgré toutes défenses, par les artisans et gens du peuple, était un jeu plutôt aristocratique. La soule, bien que pratiquée par les nobles et même par les religieux, et même par les rois, était un jeu plutôt populaire. On jouait paroisse contre paroisse 54, célibataires contre mariés; ces petits tournois mettaient tout le pays en fête; le soir on buvait et dansait, c'était un moment de joie générale, pour les joueurs comme pour les assistants qui comprenaient tout le village, un de ces jours heureux auxquels on songeait longtemps d'avance et qui coupaient la monotonie du travail de l'échoppe ou de la glèbe. La date la plus fréquente était le jour des «quaresmeaux», ou de «carême prenant», c'est-à-dire le mardi gras; mais c'était parfois aussi le jour du patron de la paroisse, le jour de Pâques ou de Noël; plus rarement un jour arbitrairement choisi.

Le jeu était violent, et n'est pas, aujourd'hui encore, des plus anodins; quantité de «lettres de rémission» du quatorzième siècle, accordant leur pardon à des joueurs qui avaient, par erreur, fendu la tête d'un camarade au lieu de frapper le ballon, montrent que les parties étaient menées avec vigueur.

Cet exercice était très répandu; on s'y livrait même dans les villes, même à Paris, où les parties avaient lieu devant Saint-Eustache, comme le montre un texte de 1393. Les ecclésiastiques, en certaines villes, s'adonnaient à ce jeu; à Auxerre, tout nouveau chanoine était tenu de donner à ses confrères un ballon; la partie offrait le plus singulier mélange d'exercices pieux et sportifs. Le jeu commençait par le chant de la prose: «Victimœ Pascalis laudes,» et se terminait par une ronde que dansaient ensemble tous les chanoines. L'usage était fort ancien, puisque les règles du jeu furent codifiées en une ordonnance du 18 avril 1396: «Ordinatio de Pila facienda.» Cette pila ou ce ballon était de grosseur considérable; chaque nouveau chanoine se piquait de surpasser ses prédécesseurs; il fallut restreindre ce zèle; un règlement de 1412 limita la grosseur du ballon, statuant toutefois qu'il ne pourrait être si petit qu'on pût le tenir d'une seule main. Cette coutume ne disparut qu'au seizième siècle 55.

Les allusions sont nombreuses, dans notre littérature et en particulier dans notre théâtre, montrant la popularité de la soule. On en trouve dès le treizième siècle, et en voici une:

ROBIN
Dieu! que j'ai la panse lassée
De la choule de l'autre fois.

MARION
Dis, Robin, foi que tu me dois,
Choulas-tu? Que Dieu te le mire (te guérisse)!
Dis, Robin, veux-tu plus manger?

ROBIN
Non 56.


Dans une pièce moins ancienne, la scène est en enfer, au moment de la mort de Judas, et les diables et diablotins font un ballon de son âme et se la renvoient à coups de poing et coups de pied:

ASTAROTH
Lucifer...
Quand vous aurez fait de cette âme,
Rendez la nous un brief mot
Pour nous jouer un petiot,
Droit par manière de raviaux (amusement).

LUCIFER
Tenez, mes petits dragonneaux,
Mes jeunes disciples d'école,
Jouez un peu à la sole.
Au lieu de croupir au fumier.

BERICH
Ça, je veux souler le premier,
C'est droit qu'il me soit présenté.

FERGALUS
Pourquoi ça?

BERICH
Je l'ai apporté
Et fait toutes diligences...

ASTAROTH
Sus! diables, sus à lui!

FERGALUS
A lui!
Temps est commencer l'ébat 57.


Il va sans dire qu'il ne manqua pas à ce jeu la preuve usuelle de popularité consistant dans les interdictions royales: ordonnance de Philippe V le Long qui prohibe, en 1319, «ludos soularum;» de Charles V, en 1369, qui interdit tout jeu de «solles». Le jeu poursuivit sa carrière; on le trouve florissant au seizième siècle, au dix-septième, au dix-huitième; et même, dans ce dernier siècle, qui fut pourtant une époque de décadence sportive, un arrêt du Parlement devait renouveler, en 1781, les prohibitions de Philippe V, et défendre «à toutes personnes de jeter aucunes boules de cuir le jour de Noël ni aucun autre jour; de s'attrouper pour courir la boule sous quelque prétexte que ce soit, à peine de cinquante livres d'amende 58».

A la Renaissance, ces «gentilshommes champêtres», dont Nicolas Rapin avait décrit avec tant de charme l'existence heureuse, ne dédaignaient pas de prendre part aux jeux de soule en compagnie de leurs domestiques et des paysans du village. Le journal du Normand Gilles Picot, seigneur de Gouberville et du Mesnil-au-Val, mentionne de nombreuses parties qui comptent même parmi les plus importants événements consignés par ce gentilhomme champêtre en ses Mémoires 59. Exemple: «Dimanche, 14 janvier 1554. - Au soir, sur les onze heures, j'envoyai François Doisnard chez mon cousin de Brillevast et chez le capitaine du Teil porter des lettres afin qu'ils nous amenassent de l'aide pour la choule de Saint-Maur à demain. Je lui envoyai un sol pour sa peine.

- Le lundi 15, jour de Saint-Maur, avant que je fusse levé, Quineville, Groult et Ozouville, soldat au fort, arrivèrent céans, venant de Valognes. Nous déjeunâmes tous ensemble, puis allâmes à Saint-Maur, eux, Cantepye, Symonnet, Moisson, Lajoye, Gaultier Birette 60 et plusieurs autres. Nous y arrivâmes comme on disait la messe, laquelle dite, maître Robert Potet... jeta la pelote et fut débattue jusque environ une heure de soleil et menée jusqu'à Bretteville où Gratian Cabart la prit et la gagna.» On rentre à la maison, mais Cantepye passe la nuit chez un ami, parce que, pour attraper le ballon chassé à travers la plage, «il s'était mis en la mer et avait été fort mouillé.»

On voit par ces mémoires que le jour et le lendemain de Noël sont aussi consacrés, d'ordinaire, au jeu de la soule; que le sire de Gouberville se lançait dans les parties avec si peu de ménagement qu'il lui arrivait de faire éclater ses chausses, «depuis le genou jusqu'au milieu de la cuisse;» que le jeu était assez vif pour qu'on y reçût plaies et bosses, comme il advint à l'auteur du journal lui-même, le soir de Noël 1555: «Ledit jour, à la soule dedans le clos Berger, Cantepye me poussa si fort de son poing, en courant contre moi, sur le tetin dextre, qu'il me fit faillir la parole et à grande difficulté on me put ramener céans. Je me cuidai évanouir en venant et perdis la vue près de demi-heure, par quoi fus contraint de prendre le lit.» Le lendemain, il ne bouge, ayant toujours «fort grand douleur»; le surlendemain, de même: il a toujours sa douleur «en la poitrine»; enfin, le 28, il se sent mieux, commence à remuer, va à la messe et reprend ses occupations.

Le jeu n'était donc pas entièrement abandonné chez nous au bas peuple, et s'il en fallait une autre preuve, on pourrait la trouver dans le fait qu'un grand personnage comme Philippe de Chabot, amiral de France sous François 1er, tirait de ce jeu son emblème et sa devise: ce qu'il n'eût pas fait s'il se fût agi d'un passe-temps méprisé. Au-dessous de ses armes, dans la collection Gaignères, on voit un paysage où deux amours jouent au ballon: grosse boule de cuir faite de quatre peaux cousues ensemble et gonflée d'air. Les amours se servent du poing et du pied; l'un d'eux a le pied levé. La devise est: «Concussus surgo,» que justifiaient pour Chabot les péripéties et rebondissements de sa carrière troublée 61.

Mais il est un argument de plus, et celui-là sera, sans doute, jugé décisif. Une description nous est parvenue d'une partie jouée sur la pelouse du Pré aux Clercs sous le règne d'Henri II; les chefs de jeu n'étaient rien moins qu'illustres. Voici le portrait de l'un d'eux: «Sa grâce et sa beauté le rendaient agréable à tout le monde, car il était d'une stature fort belle, auguste et martiale, avait les membres forts et proportionnés, le visage noble, libéral et vraiment français, la barbe blondoyante, cheveux châtains, nez aquilin, les yeux pleins de douce gravité et le front fort serein. Mais, sur tout, sa conversation était facile et attrayante.» Celui-là était le poète Ronsard; l'autre était le roi lui-même, Henri II. On jouait divisé en deux troupes, portant chacune livrée différente, tout comme aujourd'hui, afin qu'adversaires et amis pussent aisément se reconnaître dans la mêlée: «Et de fait, le Roi ne faisait partie où Ronsard ne fût toujours appelé de son côté. Entre autres, le Roi ayant fait partie pour jouer au ballon au Pré aux Clercs où il prenait souvent plaisir, pour être un exercice des plus beaux pour fortifier et dégourdir la jeunesse, ne voulut qu'elle fût jouée sans Ronsard. Le Roi avec sa troupe était habillé de livrée blanche, et M. de Laval, chef de l'autre parti, de rouge. Là, Ronsard qui tenait le parti de Roi, fit si bien que Sa Majesté disait tout haut qu'il avait été cause du gain obtenu en la victoire 62.»

II n'existe aucune preuve certaine d'un emprunt de ce eu par l'Angleterre à la France ou réciproquement. Les probabilités sont pour la première hypothèse, car presque tout ce qui était jeu, amusement, délassement, en Angleterre, était, au moyen âge, d'origine normande ou angevine. L'idée que le jeu offrirait des particularités et un caractère spécialement anglais est d'ailleurs toute moderne. Il était populaire anciennement en pays latin, aussi bien qu'en pays anglo-saxon et non pas seulement en un seul pays latin. Les Italiens s'y livraient avec ardeur, se servant du pied comme chez nous et comme partout: «Jeu,» dit le fameux Mercurialis, médecin de Padoue, «qui tire son nom du pied... auquel nos compatriotes jouent avec le pied 63.» On l'appelait, en effet, calcio en italien; calciante, qui joue au ballon.

Quoi qu'il en soit, le jeu suivait chez nos voisins d'outre-Manche une fortune à peu près pareille à celle qu'il eut en France, excitait les mêmes ardeurs, provoquait, au quatorzième siècle, les mêmes interdictions de l'autorité royale et encombrait de même les rues des villes, ce qui fut toléré en Angleterre plus généralement que chez nous. On chassait le ballon, comme ailleurs, de la main et du pied: une miséricorde de stalle à Gloucester, sculptée à la fin du quatorzième siècle, montre qu'on se servait, avec une égale activité, des bras et des jambes. Les poètes, comme chez nous, font allusion au jeu; Hoccleve parle d'une dame dont «le corps charmant avait la forme d'un football». Singulier idéal de beauté, pensera-t-on; mais il s'agit de dame Monnaie 64.

Comme chez nous, le jeu entraînait les ecclésiastiques même 65. Il demeurait toutefois, jusqu'à une époque récente, un jeu tout populaire et gardait ce caractère d'une manière plus marquée qu'en France. Les mentors de la jeunesse élégante le lui déconseillaient dès la Renaissance. Sir Thomas Elyot, ce diplomate lettré dont nous nous sommes déjà occupé, partisan décidé de tous les exercices physiques, lesquels, d'après lui, sont indispensables pour former le corps, l'âme et même le caractère, fait exception, en son livre du «Gouverneur» pour le football, où il ne voit que «fureur bestiale et violence extrême 66». Dans le King Lear de Shakespeare, Kent traite, par mépris, un intendant de «misérable joueur de football 67».

Sur ce chapitre, par exception, puritains et cavaliers se trouvèrent d'accord. Stubbes, dans son «Anatomie des abus», s'élève contre le football, l'un de ces «passe-temps diaboliques», usités même le dimanche, «jeu sanguinaire et meurtrier plutôt que sport amical.» Ne cherche-t-on pas, dit ce pessimiste, à écraser le nez de son adversaire sur une pierre? - Mais pas du tout, répliquaient les joueurs, et ce n'est aucunement en cela que consiste le jeu. - Peine perdue; Stubbes noircit sa description: ce ne sont que côtes enfoncées, jambes rompues et yeux arrachés; nul ne s'en tire sans blessures et celui qui en a le plus causé est le roi du jeu 68. Telle est, du moins, son opinion.


Ces anathèmes ont cessé, depuis, d'avoir leur effet; du temps des Stuarts, toutefois, le jeu continua de faire surtout les délices du bas peuple. Les voyageurs arrivant à Londres, au dix-septième siècle, étaient souvent incommodés par ces parties furibondes, menées à travers les rues, et qui troublaient leur visite des monuments; ils donnaient cours, dans leur journal, à leur indignation contre cet amusement «où il y a, disaient-ils, de l'insolence mêlée 70».

Le jeu subsistait également chez nous, comme le montrent les ordonnances de police et les allusions des lettrés à cet exercice. Dans le Divorce de Regnard, Cornichon plaide la cause de l'épouse maltraitée et s'écrie: «Souffrirez-vous, messieurs, qu'une femme devienne un grenier à coups de poing... le ballon des emportements (d'un mari) 71?» Mais c'est surtout à la campagne que le jeu se maintenait, et l'on n'a pas entendu dire que Louis XIV ait suivi avec Racine l'exemple donné par Henri II avec Ronsard. Les paysans du grand siècle n'étaient pas tous ni constamment ces «animaux farouches... noirs, livides et tout brûlés du soleil» que dépeint La Bruyère; c'étaient parfois ces jeunes gars légers et dispos que Mme de Sévigné voyait danser la bourrée aux pays d'Allier et de Loire, «avec une oreille plus juste que vous,» disait-elle à sa fille: «Dans ces prés et ces jolis bocages, c'est une joie d'y voir danser les restes des bergers et des bergères du Lignon 72.» C'étaient parfois aussi ces rudes et passionnés joueurs de «chole», dont parle Du Cange, plus tard dans le règne, en homme qui les a vus à l'oeuvre: «La chole, espèce de ballon que chacun pousse du pied avec violence,» et qui, dit-il, «est encore en usage parmi les paysans de nos provinces.»

Cambry, au siècle suivant, constate la grande faveur dont «la soule» jouissait en Bretagne: «Le seigneur ou notable d'un village jetait au milieu de la foule un ballon plein de son, que les hommes de différents cantons essayaient de s'arracher... On a vu quelquefois des hommes suivre la soule dans la mer et se noyer en la cherchant. J'ai vu dans mon enfance (il était né en 1749) un homme se casser la jambe en sautant par un soupirail dans une cave pour la saisir. Ces jeux entretenaient les forces et le courage, mais, je le répète, ils étaient dangereux 73.»

Ils n'en survécurent pas moins à la Révolution; périodiquement interdits par la police à cause des accidents et des morts, ils renaissaient toujours. Bouet et Perrin, qui ont voulu retracer, par la plume et le crayon, un tableau de la Vie des Bretons de l'Armorique au dix-neuvième siècle, n'ont eu garde d'omettre ce jeu, considéré en Bretagne comme un des sports nationaux. Une des gravures montre le début de la partie au moment où la soule va être lancée entre les deux camps, devant la porte de l'église; une autre représente un scrimmage, dont nos teams les mieux entraînés ne se soucieraient guère, car il se poursuit au milieu d'un torrent. Le texte décrit avec beaucoup de vivacité les péripéties du jeu:

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